mother holding her baby

La séparation parent-enfant : comment la préparer et la gérer au mieux ?

L’entrée en crèche, chez la·e nounou ou l’assistante maternelle, à l’école… sont des passages importants pour l’enfant et pour toute la famille. La première grande séparation parent – enfant peut faire peur et faire émerger des émotions intenses, tant pour l’enfant que le parent… Et c’est normal ! Dans cet article, vous trouverez des informations théoriques et pratiques sur la séparation pour vous aider à la préparer et la gérer au mieux.

Nous verrons ainsi :

  • s’il y a un bon moment pour opérer la séparation parent – enfant
  • Comment anticiper et préparer cette séparation avec l’entrée à la crèche, à l’école…
  • Comment gérer le moment de la séparation
  • Et enfin, comment gérer celui des retrouvailles.

Car une séparation est un phénomène en 3 temps, et les retrouvailles sont aussi un moment important à préparer. 

Me séparer de mon enfant, tout un apprentissage

Avant toute chose, deux petites remarques pour poser les bases : 

  • C’est normal que ce soit difficile ! 
  • Et il n’y a pas une seule bonne façon d’envisager et de gérer la séparation ni un âge idéal en soi. Car cela dépend de l’enfant, bien sûr, mais aussi du/des parent(s) (car un enfant n’existe pas seul en soi), et du contexte.

La dépendance avant l’indépendance : la théorie de l’attachement

Cela peut paraitre étrange, surtout vu notre société qui prône l’autonomie, mais la base de l’indépendance, c’est la dépendance. C’est la base de la théorie de l’attachement. L’enfant a besoin de s’attacher pour pouvoir prendre son envol. Savoir qu’il reste en lien, même quand la proximité physique n’est plus là.

L’enfant va apprendre qu’il peut compter sur les autres pour sa sécurité. Le parent représente au départ la base de sécurité de l’enfant. Et peut à peu, l’enfant va utiliser cette base comme un porte-avion, décollant pour découvrir son environnement et revenant pour s’y reposer en sécurité. Il explore à son rythme, dans sa zone proximale de développement, celle qui se situe entre sa zone de confort et l’inconnu qui fait peur. 

Et peu à peu, trois phénomènes vont émerger : 

  • sa zone de confort va évoluer et s’agrandir
  • Les figures d’attachement et de sécurité vont se multiplier 
  • Et l’enfant, finalement, va internaliser sa base de sécurité. Il n’aura plus autant/tout le temps besoin de sa figure d’attachement pour se rassurer, pour oser. 

À partir de quel âge apprendre la séparation à son enfant ?

Ainsi, quel est le bon âge pour commencer à exposer l’enfant à des séparations ? Le bon moment et le bon rythme dépendent de chaque enfant. 

Mais ce bon moment dépend également du/des parents ainsi que du contexte. À un moment, le parent doit envisager une séparation (par exemple pour reprendre une activité professionnelle) et/ou en ressent le besoin (pour son équilibre personnel et sa santé mentale). Et c’est tout aussi important à prendre en compte. Comme je le dis souvent : la parentalité bienveillante commence avec soi-même !

C’est pourquoi il n’existe jamais une seule formule parfaite pour toutes les familles. 

La séparation est un apprentissage, tant pour l’enfant que le parent. Et cet apprentissage peut sembler être une énorme montagne. Le changement entre « tout le temps ensemble » et « séparé une grosse partie de la journée » semble contrasté. 

La séparation, toute une montagne !

Mais cette montagne peut être balisée, découpée en zones et chemins progressifs. On peut découper la difficulté : 

  • Se séparer pendant un temps court, puis de plus en plus long
  • Confier l’enfant à une personne déjà connue, et puis introduire la nouvelle personne qui en aura la garde
  • Permettre d’abord à l’enfant de se séparer dans un lieu qu’il connait (par exemple être gardé à la maison)
  • Découvrir un nouvel environnement où il sera gardé, mais d’abord en présence d’un parent (l’habituation à la crèche)

Il existe différentes approches pour atténuer le côté « tranchant » de la séparation et l’amener en douceur. Et si cela se fait avec un adulte sûr de son choix et confiant (dans la situation et dans l’adulte accueillant), c’est encore mieux pour tout le monde. 

Et encore un petit rappel : c’est normal d’appréhender ! C’est une grande étape pour toute la famille. Accueillez vos émotions comme celles de votre enfant : elles sont légitimes. 

separation parent enfant
Séparation et retrouvailles parent enfant (©Sue Zeng)

Les trois temps de la séparation

Après ces bases théoriques, voyons de plus près le côté pratique pour vous aider à préparer et vivre au mieux cette séparation, pour vous et votre enfant. Nous l’avons vu, la séparation est un phénomène en trois temps : 

  • l’avant, avec la préparation
  • Pendant, le moment même de la séparation
  • Et l’après avec les retrouvailles. 

Voici des concepts et conseils pour vous guider à travers ces trois étapes de la séparation parent – enfant. 

1. Avant la séparation parent enfant :  comment anticiper ?

Comment préparer ces séparations ? Comme je le disais, on peut apprendre à l’enfant par des expériences progressives que la séparation se passe bien, que l’enfant est en sécurité, que ses émotions sont accueillies, que le parent revient toujours…

3 supports pour parler de la séparation à son enfant

Avant la séparation, le sujet peut être abordé avec l’enfant via différents médias (selon l’âge et les intérêts de l’enfant) : 

  • un calendrier – semainier avec les différents moments de la journée indiqués de façon visuelle pour que l’enfant puisse se situer dans le temps, comprendre les séquences au sein de la journée, anticiper…
  • des jeux : avec des figurines, des poupées, jeux de rôle…
  • des livres : sur l’école, la crèche, les parents qui travaillent…

Des livres pour parler de la séparation parent – enfant

Concernant les livres (média que j’adore et pour lequel je consacre un compte Instagram spécialement dédié à la littérature jeunesse bienveillante : @vivre_d_amour_et_de_livres), vous trouverez toute une sélection dans cet article.

4 idées pour préparer la séparation parent – enfant

Pour l’entrée à la crèche / chez la nounou / a l’école… Voici 4 pistes qui peuvent aider l’enfant (et les parents) à vivre au mieux ce moment.

1) Adaptation 

La plupart des lieux d’accueil proposent une période d’adaptation en présence d’un parent, et c’est tant mieux ! À discuter avec le lieu d’accueil et à adapter en fonction des besoins de votre enfant. 

Par exemple : 

  • le premier jour, l’enfant et le parent restent ensemble pendant une ou deux heures.  
  • Progressivement, l’enfant reste plus longtemps et le parent se fait moins participatif, passant le relai (et marquant ainsi sa confiance dans l’adulte de référence du lieu d’accueil) tout en étant présent.
  • Puis le parent quitte le lieu pour des périodes d’abord courtes, puis prolongées. 

Jusqu’à arriver au bout de quelques jours / semaines (le plus souvent entre 2 et 4 semaines) aux horaires normaux de séparation dans le lieu d’accueil.

2) Verbalisation

Je vous encourage à verbaliser autour ce qui va se passer, même avec un.e enfant très jeune. Utilisez des termes simples et des phrases courtes, en étant le plus concret et collé au vécu de l’enfant possible.

Expliquer à l’enfant : 

  • où iel va aller
  • pour quelle raison
  • pour combien de temps
  • à quelle fréquence
  • avec qui iel sera
  • que maman / papa (ou telle personne) viendra toujours le.a chercher à la fin de la journée. 

Essayer aussi de parler de ce que l’enfant va faire. Ce qui va rythmer sa journée (repas, sieste)… Mais aussi évoquer des choses vécues positivement par l’enfant (tel jouet ou activité qu’il adore et qui sera sur le lieu d’accueil). 

Nommer aussi la ou les personnes qui vont accueillir l’enfant, pour qu’il puisse déjà créer un lien avec elle(s).

Ces explications peuvent se faire aussi avec différents médias en support : jeux, livres… (comme vu plus haut).

3) Objet de transition

En vue de la séparation, vous pouvez proposer à l’enfant un « objet transitionnel ». Un objet qui fait lien, la transition entre la figure d’attachement principale et le lieu d’accueil. 

Cela peut être le doudou de l’enfant s’iel en a un, une peluche ou figurine qu’iel aime bien… Ou encore un tissu qui porte l’odeur de la maison ou de son parent… cela peut être aussi des photos de l’enfant et de sa famille

Tous les enfants n’accrochent pas au concept du doudou, chacun est différent ! Peut-être qu’il préfèrera un petit dessin de coeur sur la main (et celle de son parent) en guise de lien… Laissez libre cours à votre créativité et à celle de votre enfant !

4) Notion de permanence

Selon l’âge et le développement de l’enfant, lui proposer de jouer autour des notions de permanence peut l’aider à intégrer l’idée que ce qui est hors de sa vue ne disparait pas vraiment et reviendra. 

Cela peut se faire via des jeux de cachecache et « coucou-bouh » que les petits adorent. Ou encore, cacher un objet sous un tissu et le faire réapparaitre. Ainsi que des jeux de transvasement. 

Pour les plus grands, des jeux avec des petites histoires autour des séparations et retrouvailles sont souvent appréciés. L’enfant peut aimer jouer le rôle de l’adulte et que le parent prenne la place de l’enfant. 

2. Le moment de séparation parent – enfant : comment le gérer au mieux ? (3 idées)

Voici à présent 3 pistes pour aborder la séparation parent – enfant au mieux au moment même de la séparation dans le lieu d’accueil.

1) Mettre en place un rituel ensemble

Lorsque vous arrivez sur le lieu d’accueil, je vous invite à prendre le temps de passer une dizaine de minutes avec l’enfant. Cela permet ainsi à l’enfant d’avoir le temps de se poser, de sentir la transition d’un lieu à l’autre ainsi que d’un adulte de référence à l’autre. 

Vous pouvez établir un petit rituel à répéter chaque matin. Par exemple partager un jeu (une petite dinette où l’enfant vous prépare un café pour la route ?), lire un livre, une petite chanson d’au revoir, se quitter en faisant le signe « à tantôt, je t’aime »…

2) Prévenir et mettre des mots

Lorsque c’est le moment de partir, prévenez l’enfant, même s’il est en train de jouer et ne vous regarde pas. 

Verbalisez une dernière fois : « Maintenant, je vais partir. Je te confie à (…) qui va bien s’occuper de toi. Vous allez faire de chouettes activités (si possible citer quelque chose de concret que l’enfant aime et que vous savez qu’il va faire ce jour-là). Tu vas manger (…) / dormir (…). Et je reviendrai te chercher à la fin de la matinée/journée ». 

Selon ce que vous sentez et de ce que montre l’enfant, vous pouvez aussi confier l’enfant à l’adulte responsable. Iel peut accompagner l’enfant faire coucou par la fenêtre. 

3) Avoir anticipé le lien à distance

Comme vu précédemment dans la préparation de la séparation parent – enfant, vous pouvez avoir mis en place un objet de transition. Ce petit objet ou signe maintient lien à distance : un petit doudou en double que vous avez chacun, une figurine à qui l’on raconte tout ce que l’enfant veut dire à son parent, un petit dessin de cœur sur la main chez l’enfant et le parent (qu’on touche quand on pense à l’autre)…

Cet objet-lien est utile lors des préparations ainsi qu’au moment de la séparation. Le parent peut ainsi dire au revoir au doudou, le rassurer et lui dire des mots que l’enfant n’a pas forcément envie qu’on lui dise en direct… Et cet objet de lien peut aussi être précieux au moment des retrouvailles (je vous en parle juste après).

4) Accueillir les pleurs

Enfin, le moment de la séparation, c’est aussi souvent le moment pour accepter et accueillir les pleurs. C’est normal… même si c’est difficile ! L’enfant va peu à peu se sentir en confiance, et il aura appris qu’il peut verbaliser ses émotions. Et aussi que la personne qui le garde peut accueillir ses émotions et l’accompagner face à sa tristesse / colère suite à la séparation. 

Par contre, si vous (et le personnel accueillant) ne voyez pas d’amélioration dans le temps, c’est important d’en parler ensemble. Voir ce que vit l’enfant, chercher des pistes d’améliorations pour l’aider… Et faire appel à un·e professionnel·le (psychologue, accompagnateur·trice parental) de la structure d’accueil ou en dehors.

3. L’après-séparation : comment accueillir les retrouvailles ?

En tant que parent, vous êtes la figure d’attachement principale de l’enfant. La personne avec qui il se sent le plus à l’aise pour être lui, pour exprimer ses émotions, pour ouvrir les vannes qui avaient été contenues pendant toute la journée… Et ainsi relâcher les tensions.

Même si la journée à la crèche ou l’école c’est bien passé, cela a pu être source de tensions pour l’enfant : 

  • être séparé de son/ses parent·s
  • être en collectivité avec plein d’autres enfants (bruits, stimulations)
  • ne pas avoir autant d’attention qu’à la maison de la part des adultes 
  • devoir suivre un cadre, des règles, un rythme, se concentrer…

Bref, beaucoup de choses potentiellement à faire sortir une fois que le petit avion (l’enfant) est de retour sur son porte-avion (le parent) ! Avec sa figure d’attachement, l’enfant pourra alors se montrer plus nerveux, grincheux, fondre en larme, avoir besoin de beaucoup d’attention… 

Cela ne veut pas (nécessairement) dire qu’iel a passé une mauvaise journée à la crèche/l’école. Juste qu’iel se sent en sécurité pour déposer tout ça… et se reconnecter à son/ses parents. 

5 conseils pour accueillir les retrouvailles après une séparation parent – enfant 

1) Être prêt·e !

Soyez psychologiquement prêt·e à la décharge de votre enfant. Et n’oubliez pas que ce n’est pas un reproche de votre enfant. Ce n’est pas contre vous. Les pleurs ou la décharge de votre enfant ne sont pas en lien avec le fait d’être ou non un bon parent !

L’article « Que faire face aux colères de mon enfant (10 conseils) » peut vous donner des pistes sur la façon de réagir dans ces moments de décharge.

2) Prévoir du temps de qualité

La routine de la soirée peut prendre beaucoup de place : préparer le repas, faire prendre le bain… Votre enfant a besoin d’un moment de qualité avec vous, pour se reconnecter avec vous et recharger son réservoir affectif. 

Cela ne doit pas forcément être très long, mais c’est important que ce soit un moment pour lui·elle. Laissez le téléphone de côté et oubliez le multitâche, ne fût-ce que pendant le temps d’un jeu de 10 minutes. Cela peut-être un petit jeu de société, un jeu de construction, des roulades – câlins – batailles dans le lit… Ce qu’il vous plait de faire ensemble à ce moment-là.

3) Utiliser l’objet de transition

L’objet de transition (le doudou, la figurine, le petit coeur sur la main) est aussi un super outil pour les retrouvailles. Les deux petits coeurs peuvent se toucher, le doudou être salué et lui dire à quel point on est content de le revoir… 

Et ensuite, une fois de retour à la maison, le doudou peut être partie prenante d’une discussion sur la journée et la séparation parent – enfant. 

« Comment ça c’est passé pour toi, doudou ? » 

« Est-ce que tu as touché ton petit coeur sur la main ? Moi j’ai beaucoup pensé à toi ! »

4) Faire le point de la journée

Avant de souhaiter bonne nuit, lors du rituel du soir, je vous invite à repasser la journée en revue avec votre enfant. Parlez des grandes étapes de la journée, de ce qu’il a fait, avant et après la séparation parent – enfant. Parlez aussi de votre journée (en des termes courts et simples). Puis projetez-vous dans la journée de demain. Est-ce qu’elle va se passer de la même façon ? Où va-t-iel aller ? Avec qui ? … 

Ce moment de récapitulatif de la journée peut aussi devenir un moment de calme et confidences. L’enfant va peut-être parler de choses plus émotionnelles, agréables ou désagréables. Iel va peut-être poser des questions sur des évènements vécus ce jour-ci ou ceux à vivre demain… 

Ouvrir cet espace d’échange avec la nuit est riche, tant pour l’enfant que votre relation de confiance parent – enfant.

5) Créer du lien entre les différents lieux de vie

Pensez à créer du lien entre la vie à la maison et la vie sur le lieu d’accueil. Cela peut se faire de plein de façons différentes : 

  • des photos de la maison au lieu d’accueil et vise versa
  • Une activité faite sur le lieu d’accueil à répéter (ou s’inspirer) pour jouer à la maison
  • Une activité, visite… faite en famille le weekend dont on peut ramener une trace (dessin, image…) sur le lieu d’accueil
  • Une carte postale des vacances à offrir au lieu d’accueil… 

L’idée est de faire circuler la vie entre les deux mondes de l’enfant. Ainsi, les univers coexistent dans l’esprit de l’enfant. Iel voit qu’il y a du lien. Cela aidera aux moments de séparation parent – enfant et à créer/étendre le lien de confiance. 

Question de parent : la séparation parent – enfant, un sujet important

Voilà ! Après avoir fait un petit point sur la théorie de l’attachement, nous avons exploré les trois temps de la séparation. J’espère que ces idées vous aideront, ainsi que votre enfant, afin de vivre au mieux les moments de séparations. 

Dans un autre article, j’avais présenté des idées pour accompagner les peurs de son enfant. Cela peut être utile et complémentaire pour les enfants qui ont développé une peur de l’école, par exemple.

Cet article a été rédigé suite à une série de posts de ma rubrique « Question de parent » sur Instagram (@darumama_psy_parentalite). Vous pouvez me proposer d’autres sujets à traiter dans la rubrique « questions » de mon compte Instagram (dans les stories permanentes).

Si vous avez d’autres conseils ou encore des questions, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires. 

Et si vous souhaitez un accompagnement parental, vous pouvez me contacter ici

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