Comment accompagner les peurs de mon enfant ?

Enfant, peur, médecin
©Volodymyr Hryshchenko

Les émotions de nos enfants sont un des plus grands domaines de questionnement des parents ! Après s’être posé la question « Que faire face aux colères de mon enfant ? », voyons comment réagir face aux peurs de son enfant.

Mon enfant a peur ! – Vos questions sur Instagram

Lorsque j’ai parlé de la peur des médecins de Manea récemment sur Instagram, vous avez été plusieurs à réagir en message. Vous m’avez partagé votre histoire et me demandiez des conseils.

Avant tout, posons le cadre avec un petit point émotion.

Toutes les émotions sont légitimes

Et toutes les émotions sont importantes. Je n’aime pas parler d’émotion positive et négative, mais plutôt d’agréable et de désagréable.

La peur est une émotion désagréable très utile, par exemple pour nous mettre en garde contre un danger. La peur est un message, un voyant lumineux sur notre tableau de bord.

Là où la peur devient problématique, c’est lorsqu’elle a un impact au quotidien envahissant et qu’elle dure dans le temps.

Que faire face aux peurs de mon enfant ?

Chaque enfant et chaque peur sont uniques. Je peux vous partager notre cheminement et notre expérience, en espérant que cela vous donne des idées pour votre enfant et votre famille.

Mais avant de vous parler de mon expérience, voici quelques points importants dans l’accueil émotionnel de son enfant. Le tout avec ma « casquette » de psychologue et ma recherche d’une parentalité positive et bienveillante.

3 attitudes a adopter pour aider son enfant face à ses peurs

1. Ne jamais minimiser ou nier une peur

L’enfant a besoin d’un lieu de confiance où il est totalement accepté, avec toutes ses émotions, comme la peur. Essayez d’oublier ces phrases entendues milles fois comme :

Ce n’est rien, ne pleure pas, tu ne dois pas avoir peur, sois courageux…

Si vous niez l’existence de son émotion ou son importance, l’enfant sera perdu. Il ne saura plus quoi penser de ses émotions. Ni vers qui se tourner quand il a besoin d’aide.

2. Ni punition ni récompense

Ne pas avoir peur n’est pas du fait de l’enfant : on ne contrôle pas ses émotions. Et la plus belle récompense pour l’enfant le jour où il aura dépasser sa peur, ce sera justement de l’avoir dépassée.

Donc oublions les punitions, les récompenses et, bien sûr, le chantage (affectif). C’est scientifiquement prouvé que ces approches ne sont pas les plus intéressantes pour aider son enfant à grandir. Et elles sont d’ailleurs considérées comme des VEO (Violences Educatives Ordinaires).

3. Sécurité avant tout

Quand la peur de l’enfant est forte, son premier besoin est de se sentir en sécurité.

Peur égale danger.

Il est à la recherche d’un lieu sûr avant tout. Après vous pourrez mettre des mots, expliquer rationnellement… Mais, dans un premier temps, le cerveau de l’enfant est envahi par son émotion, il ne peut pas vous écouter réellement.

Soyez physiquement cette base de sécurité qu’il cherche. Si votre enfant est encore petit, n’hésitez pas à vous mettre à sa hauteur et à lui ouvrir vos bras pour qu’il vienne s’y réfugier. Selon la source de sa peur, vous pouvez rester à sa hauteur ou vous relever, voire faire quelques pas de côté pour vous éloigner de la source de sa peur.

Remarque

Je parle ici d’enfant parce que c’est le sujet de cet article, mais cela ne vous aura sans doute pas échappé que ces recommandations sont valables pour tout être vivant ! Quand nous avons peur, nous avons tous besoin d’un lieu sûr, dénué de jugements et de pressions.

Comment j’ai accompagné la peur du médecin de mon enfant

Parfois, l’origine d’une peur est diffuse. Mais parfois, elle est très clairement identifiable, comme cela a été le cas ici.

En résumé, Manea n’a jamais eu peur des médecins avant d’avoir dû subir une pHmétrie lorsqu’il avait 10 mois. Depuis lors, approcher des médecins, même lorsque la consultation n’était que pour moi, était vraiment difficile. Il pleurait dans la salle d’attente et hurlait en entrant dans le bureau.

Voici ce que j’ai mis en place avec lui, en plus d’être sa base de sécurité et d’accueillir ses émotions, comme énoncé ci-dessus.

5 idées pour aider l’enfant à surmonter sa peur (du médecin)

J’ai mis le mot médecin entre parenthèse, car il s’agit d’une peur parmi d’autres. Ces conseils peuvent être repris et adaptés selon l’objet de la peur de l’enfant.

1. Parler

Mettre des mots :

  • sur ce que je vois de ses émotions (pour rappel, je ne suis pas dans la tête et le coeur de mon enfant, je ne peux pas deviner ses émotions de façon certaine, je peux juste les déduire, de par ses réactions physiques).
  • sur ce qui c’est passé : certains enfants demandent, encore et encore, de revenir sur des moments difficiles qu’ils ont vécus. N’ayez pas peur de parler à la demande de l’enfant. S’il en a besoin, c’est qu’il est toujours en quête de sens, savoir comment « intégrer » ce qu’il a vécu.

2. Jouer

Tellement de choses passent par le jeu ! Ici, j’avais acheter un playmobil médecin avec son stéthoscope et un chirurgien avec son masque, et une famille de playmobil, avec un bébé, un enfant (selon le personnage auquel l’enfant s’identifie le plus) et deux parents. Cela permet de jouer réellement la scène avec les personnages importants aux yeux de l’enfant. Montrer par exemple que l’enfant peut rester dans les bras de sa maman s’il veut.

J’ai également un siège de dentiste. Ces sièges sont très impressionnants pour les enfants, surtout les premières fois (et surtout si l’enfant a déjà peur du monde médical). Cela permet à l’enfant de manipuler et se familiariser avant d’y être allé. Et également de rejouer ce qu’il a vécu par la suite.

Et nous avons aussi une trousse de médecin avec laquelle nous avons beaucoup joué. Sur nous, sur des poupées, sur des playmobiles et figurines… En dehors de préparer l’enfant à une visite médicale, cela permet de dédramatiser par le jeu ces instruments étranges. Mais aussi de développer son vocabulaire autour du monde de la médecine et du corps humain.

3. Lire

Ce n’est plus un secret pour personne : j’adore les livres pour enfant !

Lire permet de prendre de la distance, de voir d’autres personnages vivre ce que l’enfant va expérimenter… Mais aussi d’avoir un regard plus global et apprendre davantage sur les rendez-vous avec un médecin, l’hôpital, le corps humain…

Si vous devez préparer un séjour à l’hôpital avec votre enfant, il existe un petit feuillet « Sparadrap » qui date un peu mais est assez bien fait. Et le livre Kididoc sur l’hôpital est également un bon support.

4. Positiver

J’ai fait très attention aux mots que j’utilisais quand je parlais du monde médical. A chaque fois que je parlais d’aller consulter un·e médecin, je choisissais mes mots. J’évite « je dois, il faut ». Je mets l’accent sur le positif :

  • « le·a médecin va m’aider à comprendre ce que j’ai et trouver un médicament pour que j’aille mieux. »
  • « je vais chez le·a médecin pour faire le point. Parfois, même quand on est en bonne santé et que tout va bien, c’est bien d’aller de temps en temps voir, comme toi quand on te mesure et on te pèse. Moi on va me faire une prise de sang… »

Manea ne m’accompagnait pas, mais il me voyait partir et revenir avec le sourire, avec des propos toujours chaleureux et positifs sur le monde médical.

5. Anticiper

Permettre à l’enfant d’anticiper est sans doute un des plus grands cadeaux que vous pouvez lui faire.

  • Soyez le plus honnête possible. S’il va avoir un vaccin, ne dites pas que ça ne fait pas mal. L’enfant a avant tout besoin de garder le lien de confiance avec vous, savoir qu’il peut se fier à votre parole. Vous pouvez dire que ça va être désagréable, que ça va piquer, que ça va être froid ou chaud…
  • Soyez le plus concret possible. Faites appel aux différents sens : où il va aller, ce qu’il va voir, entendre, sentir…
  • Mettez-vous à son point de vue. Essayez d’imaginer ce qui pourrait l’impressionner (la hauteur de la table, la lumière…)
  • Donnez lui des repères temporels. Quand est-ce que cela va se passer (calendrier), combien de temps cela va durer… Selon l’âge de l’enfant, vous pouvez lui dire la veille ou une semaine avant. Et au matin, expliquez bien le déroulement de la journée. Insistez sur ce qui va changer par rapport à sa routine et ce qui va, au contraire, rester pareil.
  • Rassurez-le. Dites-lui que vous serez toujours avec lui (si c’est le cas)
  • Vous pouvez également tout expliquer à sa poupée. Vous pouvez proposer à l’enfant que la poupée vous accompagne (et demander pendant le rdv au/à la médecin de montrer ce qu’il va faire sur la poupée avant de le faire sur l’enfant). Et avant de partir, vous pourrez expliquer plusieurs fois à la poupée, avec votre enfant, ce qui va se passer. Cela aide parfois d’avoir un tiers et d’expliquer à quelqu’un d’autre qu’à l’enfant.

Pendant la consultation médicale

Voici quelques attitudes qui m’accompagnent tout au long d’une consultation médicale avec mon enfant.

  1. Je veille avant tout à incarner cette base de sécurité dont mon enfant a besoin. C’est moi qui le prend dans les bras pour le poser sur la table ou sur la balance, moi qui l’habille et le déshabille.
  2. Je verbalise. Je lui explique tout ce qui se passe, j’essaye d’anticiper les actes du médecin si jamais il n’a pas expliqué à mon enfant ce qu’il allait faire. J’accueille les émotions que je perçois.
  3. Et je le remercie : « pendant que le médecin regardait dans tes oreilles, tu as bien tourné la tête et n,’a pas bougé. C’est super, tu l’as bien aidé comme ça ! »

J’évite, comme je le disais en introduction, le système récompense – punition. Mais j’ai toujours avec moi des jeux et livres que l’enfant aime, et, si possible, un nouveau livre comme un livre de gommettes. Cela peut servir pour occuper mon enfant pendant les trajets, le temps d’attente ou pendant la consultation si j’ai besoin de parler plus longuement avec le·a médecin.

Et aujourd’hui…

Je ne dis pas que tout est définitivement fini… Mais lors de la consultation médicale que nous avons eue il y a quelques jours, tout s’est merveilleusement bien passé.

Il était calme, attentif, concentré… et pas du tout effrayé. Une petite victoire qui est passée pratiquement inaperçue, car je n’ai pas ressenti l’utilité de lui rappeler qu’il avait peur avant. Et encore moins de le féliciter pour ne pas avoir eu peur ou ne pas avoir pleuré (comme expliqué en introduction).

Bref, un petit pas… mais un grand pas pour lui.

Accompagner son enfant à surmonter ses peurs

J’ai hésiter à dire « aider son enfant à surmonter ses peurs »… Mais je n’ai pas l’impression de l’avoir aider, plutôt accompagné. Il me montrait ce dont il avait besoin.

J’étais là pour lui, je lui ai offert un espace de sécurité et différents médias pour verbaliser, jouer… Mais c’est lui qui a dépassé cette peur.

Car personne ne peut nous enlever une peur, que l’on soit adulte ou enfant. C’est un processus intime, avec une évolution unique faite parfois de grands bons en avant puis de quelques pas en arrière.

Patience, bienveillance… Ecouter son enfant et s’écouter soi-même en tant que parent. Si vous sentez que la peur de votre enfant devient de plus en plus grande, envahissante, que vous vous sentez démuni·e ou perdu·e… N’hésitez pas à faire appel et à chercher de l’aide au près d’un professionnel.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *