Darumama
©Anna Kolosyuk

L’empathie et son cercle vertueux

Une notion qui me tient à coeur : l’empathie. Comme nous l’avons vu dans le tout premier article de ce blog, l’empathie est à la base de la parentalité positive et bienveillante. Mais saviez-vous que l’empathie est un cercle vertueux ?

Cercle vicieux VS cercle vertueux

Tout le monde connait les cercles vicieux. On visualise un serpent maléfique qui se mord la queue, nous entrainant dans une ronde sans fin. Mais on parle peu des cercles vertueux. Pourtant il y en a plein… Et surtout il ne tient qu’à nous de les mettre en place ! 

Qu’est-ce que l’empathie ?

On entend souvent parler d’empathie sans pour autant pouvoir mettre une définition claire sur ce concept. Empathie n’est pas sympathie ni compassion. La définition du dictionnaire nous dit : 

Empathie : Capacité de s'identifier à autrui dans ce qu'il ressent.

L’empathie est la capacité de ressentir une émotion en rapport avec celle exprimée par une autre personne, tout en effectuant une différence entre l’autre et soi et en régulant ses propres réponses émotionnelles. Cette capacité nous permet de nous projeter, de comprendre ce que l’autre ressent, sans pour autant nous laisser submerger ou avoir l’impression de fusionner avec l’autre et son ressenti.

Lorsque la pédiatre Catherine Guéguen parle d’empathie, elle se réfère souvent à la troisième facette de ce concept selon la définition de Jean Decety, neurobiologiste et chercheur américain.

Quelques bases

Avant de plonger dans le vif du sujet, deux notions sont intéressantes à connaitre. Le cortex orbyto-frontal et l’ocytocine. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours détaillé de neurosciences, mais vous donner quelques clés pour mieux comprendre les bases physiologiques de l’empathie et son implication dans le cercle vertueux dont il est question ici. 

Le cortex orbyto-frontal

De son petit surnom COF, le cortex orbyto-frontal est l’une des deux régions de notre cerveau qui joue un rôle majeur dans notre vie affective et relationnelle, l’autre étant le cortex cingulaire antérieur. 

Le cortex orbyto-frontal est une zone située juste au-dessus de nos orbites (d’où le nom !). Cette zone est reliée aux centres émotionnels du cerveau ainsi que d’autres zones essentielles du néocortex. C’est très simple : le COF est capital pour notre vie sociale. De lui dépendent nos capacités d’affection et d’empathie. Mais aussi de régulation des émotions, de développement de notre sens moral et de notre capacité à prendre des décisions. 

Les personnes dont cette zone du cerveau est blessée présentent des troubles de la régulation de l’humeur, des émotions et leur vie sociale en pâtit. 

Nous naissons tous avec un cerveau immature. Et la maturation du cortex orbyto-frontal dépend en partie de l’entourage de l’enfant. Avant 5 à 6 ans, l’enfant est incapable de maitriser ses impulsions et émotions de par le fait, entre autres, de l’immaturité de cette zone du cerveau. Plus l’enfant est entouré par une présence affectueuse et sécurisante, plus les circuits de cette zone vont se renforcer (cercle vertueux !). Et à l’inverse, si l’environnement de l’enfant réagit face aux débordements émotionnels de l’enfant en se fâchant, en punissant… cela retarde la maturation du cortex orbyto-frontal et enclenche un cercle vicieux. 

L’ocytocine

L’ocytocine est communément appelée l’hormone de l’amour, du bonheur et de la vie sociale. C’est une hormone qui est sécrétée lors des moments agréables. Elle a un effet apaisant et antistress. Cette hormone agit également au niveau de notre cerveau dans la perception des émotions. l’ocytocine favorise le décryptage émotionnel et l’empathie. Et elle renforce même le lien parental, déclenchant et favorisant le comportement « maternel ». Certaines études réalisées sur des animaux vont plus loin : sécrétée aussi chez le bébé pendant qu’il se fait materner, l’ocytocine aura un impact plus tard, lorsqu’il sera parent à son tour, sur sa capacité à être affectueux avec son bébé [1]. 

La conclusion de l’étude [2] sur cet angle d’approche est que cela n’est pas déterministe. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas eu de parents affectueux qu’on ne sera pas capable d’être affectueux soi-même. Si l’on rencontre dans son environnement d’autres figures parentales, d’autres adultes qui prennent soin de nous, nous proposant un autre modèle, nous nourrissant d’une affection que nous avons en trop petite quantité à la maison, cela permet de « rectifier » et de faire évoluer notre capacité à devenir des parents « paternant ». 

Le cercle vertueux de l’empathie

Ce phénomène est absolument magnifique. Que se passe-t-il lorsque nous sommes empathiques ? Notre cortex orbyto-frontal s’active, ce qui est nécessaire pour être empathique… et plus il est activé, plus nous sommes empathiques. Premier cercle vertueux de l’empathie. Et en parallèle de ce phénomène, de l’ocytocine est sécrétée.

Ainsi, plus le COF est activé et l’ocytocine sécrétée, plus nous sommes empathiques… et ainsi de suite !

Et s’il existe un cercle vertueux de l’empathie, il existe également son pendant négatif : un cercle vicieux de non-empathie. Moins nous sommes empathiques, moins nous avons la possibilité de l’être. Par exemple, lorsqu’un parent est violent avec son enfant (que ce soit les « violences douces », Violences Educatives Ordinaires [V.E.O.] ou des violences physiques graves, c’est le même phénomène), cela inhibe au niveau cérébral ce qui permet en temps normal d’être empathique. C’est un horrible cercle vicieux, car le parent a de moins en moins la capacité de se mettre à la place de l’enfant pour comprendre sa tristesse et sa douleur. 

Les vertus de l’empathie pour l’enfant

L’attitude bienveillante et empathique permet au cerveau de l’enfant de bien se développer. Un enfant entouré d’adulte empathique aura également plus de chances d’être empathique lui-même. 

Des études [3] ont par exemple mis en évidence que plus l’interaction entre les parents et l’enfant est affectueuse, plus le taux d’ocytocine s’élève tant chez les parents que l’enfant, et ce dès les premiers mois de la vie. Et le taux d’ocytocine chez l’enfant est également relié à la relation au sein du couple parental. En effet, plus le couple a des échanges basés sur l’empathie, la tendresse et l’affection, plus le taux d’ocytocine sera élevé chez l’enfant. Les parents sont les premiers modèles de leurs enfants, même à un niveau neurobiologique. Personnellement, je trouve cela fascinant !

Ainsi, plus l’enfant est câliné, plus l’ocytocine est sécrétée, plus les liens d’affection se renforcent, plus le développement harmonieux de l’enfant est favorisé… Un magnifique cercle vertueux !

L’empathie que va recevoir un enfant va modifier en profondeur son cerveau affectif et intellectuel, les molécules qu’ils sécrètent, les neurones, la myéline, les structures cérébrales, l’expression de ses gènes… Cela va également favoriser ses capacités cognitives telles que sa compréhension, sa mémoire, ses apprentissages, sa motivation, sa créativité.

Catherine Guéguen

C’est donc aussi simple que cela : l’enfant à besoin d’empathie pour bien grandir. 

L’enfant a besoin d’amour.

Ressources utiles pour aller plus loin 

J’aime finir mes articles en citant mes sources et des ouvrages de référence : cela vous permet de creuser le sujet. 

Le livre de Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse, qui a été ma principale base pour écrire cet article.

Et pour un aperçu avant de lire son livre, ou comme piqure de rappel, vous pouvez :

J’espère que cet article vous a plu autant que j’ai pris du plaisir à l’écrire ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé dans les commentaires et à le partager à d’autres personnes à qui il pourrait être utile : propageons l’empathie !

Sources

1. « Naturally occurring variations in maternal behavior in the rat are associated with differences in estrogen-inducible central oxytocin receptors », Champagne et Meaney (2001); « Maternal care determines rapid effects of stress mediators on synaptic plasticity in adult rat hippocampal dentate gyrus », Champagne et Meaney (2009); « Oxytocin and the neural mechanisms regulating social cognition and affiliative behavior », Ross et Young, (2009); « Epigenetics and parental effects », Meaney (2010).

2. « Transgenerational effects of social environment on variations in maternal care and behavioral response to novelty  » Champagne et Meaney (2007)

 3. « Oxytocin and social affiliation in humans », Feldman (2012) ; « Parental Oxytocin and Early Caregiving Jointly Shape Children’s Oxytocin Response and Social Reciprocity », Feldman (2013) ; « Oxytocin: a parenting hormone », Feldman (2017) ; « Oxytocin and the Development of Parenting in Humans », Gordon (2010)

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