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©Hu Chen

Pourquoi et comment j’ai choisi un prénom épicène pour mon bébé

Choisir un prénom pour son bébé, un premier geste en tant que parent, pour préparer son arrivée dans le monde. Une question à laquelle on réfléchit pendant des mois : « comment vais-je appeler mon bébé ? ». Loin de vouloir vous donner une recette magique pour trouver le prénom parfait facilement, je voulais partager avec vous notre cheminement. Comment nous avons choisi le prénom de notre bébé et pourquoi nous avons décidé de lui donner un prénom épicène.

Prénom épicène, hé pis quoi ?

Lorsque le mot épicène est prononcé, de nombreux sourcils se lèvent. Un mot qui pourtant était bien présent à la naissance de notre bébé, car le livre d’Amélie Nothomb, Les prénoms épicènes, est sorti quelques jours après la naissance de notre bébé.

La réponse courte à la question « mais qu’est-ce qu’un prénom épicène ? » est : un prénom non genré, mixte qui s’écrit de la même façon, quelque soit le sexe ou le genre de la personne. Comme Dominique. Pas comme Michel(le).

Pourquoi choisir un prénom épicène pour son bébé ?

Le prénom détermine tellement de choses dans la vie d’une personne. Je ne parle pas des textes accompagnant le nom de chaque enfant dans les guides de grossesse, dressant une liste de caractéristiques rattachées au prénom. Je parle des stéréotypes qui, consciemment et surtout inconsciemment, ont un impact sur la façon dont nous entrons en relation avec une personne.

Le sexisme et stéréotypes de genre… dès le plus jeune âge !

Les stéréotypes de genre sont un exemple. Un exemple très puissant. Plusieurs études [1] ont montré que nous n’interprétions pas les gestes et attitudes d’un bébé si nous pensions qu’il s’agissait d’une fille ou d’un garçon. Je me souviens particulièrement de cette étude (celle de 1983, dans les notes en bas d’article) que l’on m’a présentée à l’université lors de mes études de psychologie. J’étais sidérée de découvrir à quel point le genre que l’on attribue à un enfant a un impact sur les perceptions que nous avons de son comportement et surtout notre façon, inconsciente, de les interpréter et donc d’interagir avec le bébé.

Et j’ai moi-même pu faire le test plusieurs fois. J’habille mon bébé sans tenir compte (ou le moins possible) des stéréotypes de genre. Il porte toutes les couleurs, plein de styles différents, et possède un prénom épicène. Les inconnus projettent donc facilement sur mon bébé selon le genre qu’ils lui attribuent. S’ils pensent que c’est une petite fille, ils me diront :

Qu’elle est mignonne, qu’elle est douce, qu’elle est calme et jolie ! Elle a l’air si sage. Elle vous ressemble.

Par contre, s’ils pensent que c’est un garçon, ce n’est plus les attributs de douceur et de beauté qui reviendront, mais bien de vigueur et de force :

Il a l’air plein d’énergie, il court partout ! Il marche déjà ! Qu’il est vif et éveillé ! C’est un bébé costaud et bien portant ! Il joue déjà bien à la balle, ce sera un petit footballeur. Il ressemble à son papa !

Vous pourriez penser que j’exagère, que je force le trait. Mais non ! Ce sont les réactions que nous recevions de personnes, toutes bien intentionnées et certainement bien inconscientes des stéréotypes de genre qu’elles véhiculaient, lorsque notre bébé était pris pour un garçon ou pour une fille.

Le choix de prénom pour notre bébé : épicène, mais pas que !

D’autres critères ont guidé notre choix du prénom de notre bébé.

Nous avions gardé deux prénoms en tête, tous deux correspondant à tous ces critères, et avions décidé de choisir au dernier moment. En fonction de la tête toute rose et toute fripée de notre bébé tout juste né ! Pour l’anecdote, grands indécis que nous sommes, notre bébé s’est d’abord appelé « l’autre prénom » avant de s’appeler Manea, quelques heures après sa naissance.

Pour l’histoire, Manea signifie beau en tahitien (beau dans le sens large, pas que physique). Et Tahiti a un sens dans notre histoire et dans celle de notre bébé : nous y étions alors qu’il était dans mon ventre depuis presque 3 mois.

Et vous, quelles ont été (ou quelles sont) les réflexions qui vous ont aidés dans votre cheminement pour choisir le prénom de votre enfant ?

Commentaires

Amandine Legrand (16 février 2020)

Merci Tiphanya pour ton message et ton partage :) Je peux imaginer qu'on n'aime pas toujours son prénom lorsqu'on est enfant. Personnellement, j'ai détesté le mien pendant toute mon enfance, et rêvais secrètement de m'appeler Stéphanie (va savoir pourquoi ! ^^). Maintenant j'apprécie beaucoup mon prénom et ne souhaiterais pas en changer ! J'espère que Manea appréciera son prénom. C'est un pari que tous les parents prennent en faisant ce grand choix... C'est drôle que tu avais aussi la prononciation en japonais dans tes critères :) Par contre François ne voulait vraiment pas d'un prénom long ! Maximum 3 syllabes (à nouveau, va savoir pourquoi !), moi j'aimais pas mal de prénoms longs, mais des courts aussi, je ne me suis pas sentie trop limitée à accepter son critères. Et j'adore l'anecdote d'avoir oublié le français ! C'est tellement voyageurs du monde ! :D


Tiphanya (4 février 2020)

Je ne connaissais pas le terme épicène, mais j'avais écarté les prénoms épicènes, en raison d'une camarade de cours. Elle s’appelait Marie-Pierre et avait toujours détesté la dualité féminin-masculin de son prénom car elle avait eu l'impression de devoir choisir elle-même. Ayant depuis beaucoup avancé dans ma réflexion, je ne vois plus vraiment les choses de la même façon. Par contre je me suis toujours dit que si le prénom choisi ne convenait pas à ma fille, elle n'aurait qu'à en changer. Car je côtoyais étant enfant une amie de mes parents qui avait pour prénom d'usage quelque chose de totalement différent avec son prénom civil. Et je dois dire que pendant très longtemps j'avais tout de même choisi un prénom double, Mawu-Lisa, issu de la religion vaudou (Mawu étant le féminin et Lisa le masculin). Ce n'est qu'un peu en dernière minute que nous avons changé d'avis (mais avant la naissance). Pour le reste nos critères étaient très similaires aux vôtres. Nous voulions un prénom qui soit prononçable dans les langues importantes pour nous (français, anglais, japonais) et plutôt un prénom long. Il devait aussi être connecté à notre histoire, à l'un ou à l'autre. Mawu-Lisa était connecté à mes voyages, le prénom retenu vient des voyages de mon amoureux finalement, mais une région du monde que j'aime beaucoup. Par contre pour la petite histoire, nous avions énormément réfléchi à la question de la prononciation dans nos 3 langues, ou presque. En fait nous étions tellement focalisés sur le japonais et l'anglais (qui nous posent soucis avec nos prénoms) que nous avons oublié le français. Il n'a fallu que 24h à l'une des arrières-grands-mères pour nous signaler qu'en français, il ne se lit pas comme il s'écrit !


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