siblings playing a green plush toys

Mon enfant ne veut pas prêter ! Comment lui apprendre à partager ?

Un jeune enfant ne veut pas prêter ses jouets ? C’est normal ! Apprendre à partager est un long processus à parcourir ! Dans cet article nous aborderons : 

  • pourquoi un enfant ne sait-il pas partager quand il est petit ?
  • la pression sociale et la crainte de ne pas être un « bon parent »
  • À quel âge l’enfant peut-il apprendre à partager ?
  • Comment régler une dispute entre deux enfants qui veulent le même jouet ?
  • Ce que dit l’approche Montessori de l’apprentissage du partage
  • 14 conseils et attitudes pour favoriser l’émergence du partage chez l’enfant 
  • Et enfin des idées de livres pour aborder ce sujet avec votre enfant.

Un article riche en informations donc, sur une question qui m’a été souvent posée sur les réseaux sociaux (@darumama_psy_parentalite). Je vous le dis déjà maintenant : s’il cet article vous plait, que vous pensez qu’il peut être utile à d’autres, n’hésite pas à le partager !

Le partage selon l’âge 

Le partage est une notion complexe, qui demande de nombreuses compétences sociales, émotionnelles et rationnelles. 

Comprendre que je suis une personne séparée, que certains objets appartiennent à différentes personnes. Apprendre également que ces personnes ont des envies qui peuvent être les mêmes ou différentes des miennes. Et que mes actes ont des conséquences sur mon environnement (contexte et personnes)… Le tour de rôle, l’empathie pour comprendre les enjeux émotionnels de mes voisin·es… 

Cela s’apprend, et cela vient souvent vers 4-5 ans, voire 6 ans. C’est donc tout à fait normal pour un enfant de 2-3 ans de ne pas vouloir / pouvoir partager.

Partage et possessivité 

Vous avez sans doute déjà vu un tout petit prendre un jouet et dire qu’il est à lui. En réalité, le « c’est à moi ! » signifie davantage « c’est moi qui le tiens, c’est moi qui joue avec maintenant, j’ai envie de ce jouet ». Difficile à ces âges de faire la distinction entre la possession d’un objet et l’envie de jouer avec !

Le jeune enfant a une vision égocentrée du monde. Il n’est pas encore capable de se mettre à la place de l’autre. Il n’a donc qu’un seul point de vue : le sien !

Mon enfant ne veut pas partager : suis-je un mauvais parent ?

Bien sûr que non ! Mais c’est parfois si difficile de voir son enfant avoir des comportements que l’on juge égoïste voire « méchant ». Des comportements inadaptés socialement… qui peuvent susciter une grande pression sociale !

Alors non, votre « qualité de parent » ne se mesure pas au comportement de votre enfant !
D’autant plus que la difficulté à partager pour un petit est totalement normale ! 

Dans les situations sociales où l’enfant ne veut pas prêter ni partager, essayez de ne pas le prendre personnellement. Essayer de mettre de côté les jugements (que vous pouvez ressentir ou imaginer). Et focalisez-vous sur votre enfant, ce qu’il y a derrière son comportement, et votre relation à votre enfant. 

Votre enfant ne sait pas (encore) partager.
Ce petit « encore » change tout. Donnez-lui du temps !
Ça permet aussi, en tant que parent, de relativiser et lâcher un peu la pression.

Apprendre à partager : à chaque âge ses possibilités !

Avant 2 ans

L’enfant en bas âge n’a pas la notion d’appartenance, plutôt de possessivité : si c’est dans ses mains, c’est pour lui !

La notion d’identité le travaille : qu’est-ce qui est moi ? Qu’est-ce qui fait que je suis moi ? Qu’est-ce qui est à moi ? … Il peut passer par des phases où voir d’autres enfants toucher à ses jouets est difficile. 

À cet âge, l’enfant n’a pas le concept du partage, pas plus que du jeu en commun. Les jeunes enfants jouent plutôt en parallèle, côte à côte, mais chacun·e dans son jeu. 

Vers 2 ans

L’enfant comprend de façon plus claire de qui lui appartient ou non… mais la notion de prêt est encore difficile. L’idée qu’on lui prenne quelque chose de façon temporaire et qu’on va le lui rendre n’est pas facile à acquérir. 

Par contre, le troc devient envisageable : prêter un objet contre un autre en échange.

Vers 3 ans

L’enfant développe davantage son langage, ses capacités communicationnelles et sociales. Il peut formuler des demandes et comprendre le fonctionnement du tour de rôle. 

Les notions d’égalité et d’équité, ainsi que ses compétences sociales se développent.

Vers 4 ans

La notion de partage devient plus évidente pour l’enfant. L’enfant va développer son plaisir à donner et recevoir, emprunter et prêter. 

Il est davantage capable de s’exprimer ses désirs et ses émotions.

Vers 5 ans

L’enfant murit toujours, développant encore sa capacité d’empathie et de compréhension de l’autre. Il peut commencer à se mettre à la place de l’autre et imaginer ce qu’elle peut ressentir en fonction de ses expériences passées. 

Que faire quand deux enfants veulent le même jeux ?

Deux enfants qui convoitent le même jouet : une situation classique tant au sein de la fratrie qu’au parc ou dans les lieux d’accueil ! Mais pourquoi ? Et comment réagir ? C’est ce que nous allons voir !

Pourquoi le jouet de l’autre est-il toujours meilleur ?

L’herbe plus verte chez le voisin, le jouet de côté plus attirant ? Cela fait partie des biais dans notre façon de voir les choses… 

Pour le jeune enfant, voir un jouet dans les mains d’un autre, c’est le voir comme étant désirable. Vu que l’autre l’a choisi, c’est qu’il est intéressant ! Et puis, c’est un peu comme s’il prenait vie dans les mains de l’autre enfant ! Que c’est attirant !

Comment régler une dispute liée à un jouet convoité et la difficulté de partager ?

Voici 7 conseils pour vous aider à garder la tête froide lors des situations de crises avec un enfant qui ne veut pas partager.

  • Ne pas se laisser contaminer émotionnellement. C’est dur ! Mais en tant qu’adulte, c’est à nous de ramener l’enfant vers le calme, pas à lui de nous emmener dans ses émotions désagréables.
  • Ne pas s’arrêter au comportement. Qu’il y a-t-il derrière ?
  • Se rappeler que c’est un jeune enfant : c’est normal qu’il ait des difficultés à partager.
  • Offrir une posture neutre, apaisante et bienveillante.
  • Ne pas forcer un enfant à prêter. Cela n’a pas de sens pour lui et risque de ralentir son processus d’apprentissage du concept de prêt et partage. Il risque ainsi de s’accrocher d’autant plus à ses affaires. 
  • Décrire les faits, encourager la verbalisation des émotions. Expliquer les évènements sans jugement, les notions de désir, d’envie et les émotions des deux enfants (plaisir, joie, peine)… L’adulte initie ainsi les enfants à la résolution de conflit, à l’empathie et au développement de compétences pro-sociales aidant à l’apprentissage du partage. Et c’est une belle façon d’en « profiter » pour introduire également les bases de la communication non-violente (CNV).
  • Essayer d’intervenir le moins possible, surtout avec des enfants plus grands. Demander aux enfants s’ils ont des idées pour résoudre la situation.

Apprendre à partager ? Ce qu’en dit l’approche Montessori 

Que dit l’approche Montessori concernant le partage chez l’enfant et son apprentissage ? 
Cet article (en anglais) nous l’explique de façon simple et claire. En voici un résumé.

Phases de développement

Comme nous l’avons vu, les enfants passent par des phases, des stades de développement. Les plus jeunes (jusqu’à 3 ans) sont dans un stade égocentrique. Ils ne peuvent donc considérer les choses que depuis leur point de vue. C’est un processus développemental qui ne peut être appris ou accéléré. 

Apprentissage et concentration

Un point important dans l’approche Montessori : quand un enfant est concentré sur une activité, on ne l’interromps pas. Car l’interrompre, par exemple pour le faire partager son jeu, risque d’entraver le processus d’apprentissage en cours. 

Pour Maria Montessori, c’est donc important de laisser l’enfant jouer, pratiquer son activité, aussi longtemps qu’il en a besoin. Sans avoir a le partager.

Cadre et préparation de l’environnement

Une des clés, dans l’approche Montessori, est la préparation de l’environnement. Ainsi, l’adulte énonce clairement les règles : 

  • Un enfant à la fois sur le matériel, aussi longtemps qu’il en a envie.
  • Les enfants sont encouragés à attendre leur tour, en respectant l’enfant qui travaille déjà avec cette activité.

D’ailleurs, dans les classes Montessori, il y a généralement un seul exemplaire de chaque plateau d’activité. Les enfants apprennent qu’ils peuvent rester concentrés sur leur activité… Et qu’ils doivent attendre que l’enfant occupé ait terminé. 

Le tour de rôle est donc un concept auquel l’enfant est confronté dès son entrée à l’école maternelle (voir avant avec les crèche Montessori). 

Le point de vue de l’enfant

Forcer à partager peut sembler juste (sur le plan social, éthique) du point de vue du parent… Mais qu’en est-il du point de vue de l’enfant ?

Il risque de développer un sentiment d’insécurité et de stress de ne pas savoir quand son activité va lui être retirée. Et donc de s’y accrocher d’autant plus. 

15 conseils pour aider votre enfant à apprivoiser la notion de partage

Voici 15 conseils, des attitudes et habitudes à mettre en place, pour aider votre enfant dans son processus d’apprentissage du partage. Rien de magique, mais des bases saines pour soutenir son bon développement, à son propre rythme.

  1. Avoir des attentes réalistes, basées sur l’âge et le niveau de développement de l’enfant.
  2. Introduire le vocabulaire du prêt dans le quotidien avec son enfant : « tu me prêtes ta petite voiture ? »…
  3. Mettre en pratique le partage dans le quotidien, par exemple lors des repas. Montrer l’exemple !
  4. Favoriser le développement du vocabulaire émotionnel, via des livres et d’autres supports.
  5. Encourager l’enfant à s’interroger sur ce que ressent l’autre, dans la vie courante, en lisant des livres, en situation de jeu avec un autre enfant…
  6. Mettre en lumière les émotions positives liées au prêt, quand l’enfant prête et quand on lui prête : « Tu es heureux que ce soit ton tour ? L’autre enfant a l’air content que tu le lui prêtes … »
  7. Apprendre à attendre son tour. 
  8. Et, à l’inverse, lui donner la garantie que l’autre attendra son tour aussi et qu’il n’est pas « menacé » dans ses jeux. Personne ne viendra lui prendre son jeu avant qu’il n’ait fini.
  9. Ne pas forcer. Sinon prêter devient synonyme de contrainte, plutôt que de plaisir et d’adaptation sociale. Se fâcher, minimiser leurs émotions de frustration ou de tristesse, leur arracher un jouet des mains… ne sont pas des attitudes qui aidera l’enfant à apprendre à partager (que du contraire).
  10. Nommer les émotions et la situation ; débriefer après la crise.
  11. Prioriser le processus plutôt que le résultat ; ce qu’il y a derrière plutôt que le comportement.
  12. Quand d’autres enfants viennent sur son espace de jeu, lui demander quels jouets il n’est pas d’accord de prêter (souvent des jouets préférés) et les mettre à l’abri dans une autre pièce. 
  13. Avant une situation où l’enfant risque d’être confronté au partage de jeux, en parler avec lui, le préparer à ce qu’il va vivre.
  14. Pour développer plus sereinement les capacités de partage, privilégiez les rencontres avec d’autres enfants sur un terrain « neutre » (comme au parc)
  15. Soyez patient ! Courage, apprendre à partager prend du temps, mais ça finira par être un concept acquis pour l’enfant !

Des livres pour apprendre à partager

Et un autre conseil pour aider votre enfant dans ce processus d’apprentissage du partage : utiliser un média, comme le jeu (jeu de rôle, figurines) ou les livres.

Passionnée de littérature jeunesse (j’en parle beaucoup sur mon autre compte @vivre_d_amour_et_de_livres), j’ai préparé cet article avec une sélection de livres pour enfant autour du thème du partage.

Apprendre à partager : une étape après l’autre 

Pour clore cet article, je tiens à nuancer ces propos avec trois remarques.

D’abord, chaque enfant et chaque famille est différente. Certains enfants apprennent plus vite certains concepts et compétences que d’autres… et c’est OK ! 

Ensuite, même une fois le concept acquis, cela ne veut pas dire que l’enfant serra toujours d’accord de tout prêter à tout le monde !… Comme un adulte en fait ! Le partage est un mécanisme social contextuel et personnel.

Et finalement, du côté des parents, certains se sentent plus à l’aise avec certaines approches que d’autres pour favoriser le partage ou régler les disputes. Cet article ne se veut pas une « to do list », mais bien des idées de ressources dans lesquelles aller puiser.

Voilà pour cet article sur le prêt et comment aider son enfant à apprendre à partager. J’espère qu’il vous a plu et vous a donné des pistes concrètes à essayer et adapter à votre enfant.

Et chez vous, comment se passe l’apprentissage du partage ?
Quelles attitudes avez-vous envie de mettre en place pour aider votre enfant à apprendre à partager après la lecture de cet article ?
Dites-moi tout dans les commentaires !

Et pour celleux qui se sentent encore en question, en grande difficulté sur la question, n’hésitez pas à me contacter pour une demande d’accompagnement parental

Au plaisir de vous lire !

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